Joël Bouzou : « Servir la société est la priorité »

Partagez

Champion du monde de pentathlon moderne en 1987, participant à quatre éditions des Jeux Olympiques (de Moscou 1980 à Barcelone 1992) et médaillé de bronze par équipe en 1984, Joël Bouzou a été élu président de la World olympians association, l'Association mondiale des Olympiens (AMO- sportifs ayant participé à un événement olympique). Il succède à l'Américain Richard "Dick" Fosbury

Membre du Comité Exécutif de l'AMO depuis 2003 et son trésorier jusqu'en 2007, Joël Bouzou, a fondé en 1991 l'association Rassemblement par le sport destinée à faciliter l'intégration des jeunes Français issus de zones défavorisées par l'intermédiaire du sport. En 2007, Joël Bouzou avait initié le projet « Peace and Sport », organisation pour la Paix par le Sport qu'il préside. Basée à Monaco et placée sous le Haut-Patronage de S.A.S. le Prince Albert II, dont il est le Conseiller, Peace and Sport agit pour le dialogue et la réconciliation par le sport partout où cela est nécessaire.

Entretien avec le nouveau président des Olympiens...

Joël Bouzou et le Prince Albert II de Monaco - Photo Peace and Sport

De quand date votre volonté d’être élu président l'AMO ?
Un ensemble de motivations m’a amené à me présenter à cette élection, mais la volonté définitive est relativement récente. Elle remonte à ces quatre dernières années, peut-être un peu plus, et a été confortée par certaines personnes comme Pál Schmitt (1) ou Guy Drut avec qui j’ai eu de nombreux échanges sur le sujet. Le Prince Albert de Monaco, avec lequel je partage énormément, en particulier l’organisation Peace and Sport, m’a également encouragé dans ce projet.

(1) - Champion olympique d’épée en 1968 et 1972, président de l'Association mondiale des Olympiens de 1999 à 2007., aujourd’hui président de la République hongroise, mais aussi ambassadeur de Peace and Sport.

Vous vous êtes toujours appuyé sur le sport pour développer des actions humanistes. Est-ce également l’orientation que vous comptez donner à votre présidence de l'AMO ?
Depuis la création de l’association française des Olympiens en 2003, beaucoup de choses sont arrivées à maturité. Dès 1991, via Rassemblement par le Sport, j’ai travaillé, avec un certain nombre de personnalités du sport français comme Jean-Michel Brun, Jean-Luc Rougé ou Robert Bodin, à amener les jeunes de la rue vers le sport. A travers l’opération « Champions dans la rue », les sportifs ont notamment joué un rôle très important pour aider les jeunes à intégrer durablement un sport structuré et structurant.

Une course lors des Jeux de l'Amitié dans les Grands Lacs - Photo Peace and Sport

Il est apparu évident qu’activer la force collective des champions permettait d’agir en faveur de la société. C’est ce que nous avons développé à l’international avec Peace and Sport. Au sein du Club des Champions de la Paix, de nombreux athlètes de tout premier rang participent ainsi à des programmes d'éducation et de rapprochement à destination des jeunes dans des contextes post-conflits, d’extrême pauvreté ou dans des zones en manque de cohésion sociale. Je pense par exemple aux « Jeux de l'Amitié dans les Grands Lacs » entre le Burundi et la République démocratique du Congo, destinés à rapprocher les Tutsis et les Hutus et pour lesquels je travaille avec un Champion de la Paix, Olympien, Venuste Niyongabo, le seul champion olympique du Burundi...

Il s’agit désormais de « packager le concept » pour proposer une nouvelle approche du rôle des Olympiens. 100 000 d’entre eux sont rapidement identifiables et mobilisables. Organisés en fédérations nationales, ils sont une force importante. Focaliser un peu plus sur le rôle des champions et des Olympiens fait donc évidemment partie de ma vision comme président de l'AMO. Jusque là, l’organisation était plutôt focalisée sur les services aux Olympiens. Cela reste une finalité, mais, pour moi, servir la société est la priorité. Il y a déjà des actions engagées, mais de nombreuses restent encore à entreprendre.

On s’enquiert souvent de ce que la société peut faire pour les Olympiens. Il convient également de se demander ce que ces derniers peuvent faire pour la société. Si on peut agir de façon très organisée, il sera plus facile ensuite pour eux de demander du soutien aux gouvernements, à la société et aux partenaires.

Y-a-t-il une différence de vision entre les différentes générations d’Olympiens quant à leur investissement ou leur rôle dans la société ?
Je crois que c’est perceptible. Alors, peut-être ai-je été plus sensible à cela de par toutes les actions que j’ai montées depuis une vingtaine d’années. Mais quand j’ai créé Rassemblement par le sport, il y avait des sourires parfois condescendants de certains qui ne comprenaient pas le potentiel des champions dans la société, en particulier dans les quartiers défavorisés. Aujourd’hui, c’est quelque chose d’assez reconnu je pense, en France comme dans beaucoup de pays.

Photo Peace and Sport

Je ne suis pas sûr que les premiers dirigeants de la WOA avaient cette vision. Le président Samaranch l’avait, mais je crois que l’organisation avait d’abord été créée pour canaliser les Olympiens dans le monde olympique. Pál Schmitt partageait également cette vision, mais il n’a pas eu les moyens de la mettre en place. Lorsqu’il a pris l’AMO en mains, il n’y avait en effet pas suffisamment de fédérations nationales. Aujourd’hui, on a atteint un autre niveau. Le monde a beaucoup changé. Il est devenu plus global, la communication est instantanée. C’est un monde où on peut activer des communautés d’une façon rapide, performante. On peut mobiliser des gens même s’ils ne sont pas physiquement au même endroit. Je crois que c’est le moment pour développer ce genre d’actions.

On retrouve un peu la vision coubertinienne en faveur de la paix…
Certainement. Quand Pierre de Coubertin crée les Jeux Olympiques, c’est déjà parce qu’il voit que l’humanité passe un peu moins de temps physique au travail, mais aussi parce qu’il a en tête les conflits, en particulier en Europe, entre la France et l’Allemagne notamment. Il se dit que l’activité sportive qui commence à s’internationaliser, à se réglementer, est un excellent moyen pour amener des gens d’origines ethniques, religieuses, sociales différentes à évoluer ensemble. C’est, je crois, ce que la communauté mondiale des Olympiens peut faire.

Joël Bouzou aux côtés de Nelson Mandela - Photo Peace and Sport

Comment avez-vous préparé cette élection ?
J’ai peut-être eu la capacité de savoir écouter les attentes et aspirations de certains Olympiens. Avec ce que j’ai fait, en particulier au niveau de Peace and Sport, j’ai des antennes dans beaucoup d’endroits. J’ai donc pu communiquer ma vision et cette dernière a dû séduire. Les gens ont voté par rapport à un projet qu’ils considéraient intéressant. Je n’ai pas fait de lobbying ou développé des amitiés intéressées. J’ai plutôt essayé d’expliquer que les choses pouvaient être différentes. Les Olympiens ont un rôle à jouer dans le monde. C’est par cette vision que l’on pourra activer cette force au service du bien.

Quelle est la relation de l'AMO avec le CIO ?
Pour ce qui me concerne, c’est une très bonne relation. Ayant été secrétaire général de l’Union internationale de pentathlon moderne, je suis connu par le CIO. Une relation de confiance personnelle s’est établie, en particulier avec le directeur des Sports, le directeur olympique, mais aussi avec le président du CIO. Ils savent que lorsque je propose ou que je prends un projet, je le porte avec conviction et le mène jusqu’au bout.

Pour ce qui est de l’organisation, il y a énormément de choses à faire. Le positionnement de l'AMO désormais, en étant d’abord au service de la société, devrait énormément séduire le CIO parce que cela ajoute au package olympique, à ce qu’ils livrent aux partenaires et à la société. C’est de l’Olympisme concret et actif. On n’est plus dans les discours, mais dans les actes et c’est quelque chose de très important.

Nous avons également des liens très forts avec la commission des athlètes du CIO. Celle-ci représente les athlètes en train de pratiquer, tandis que l’AMO couvre ces derniers ainsi que ceux qui ont terminé leur carrière. Elle représente aussi tout ce qui est legacy, durable. Nous avons un représentant permanent qui siège dans notre organisation et réciproquement, de manière à nous harmoniser. Par ailleurs Frankie Fredericks est un ami proche qui est aussi un ambassadeur des Champions de la Paix avec Peace and Sport.

Le défilé d'ouverture des 1ers Jeux Olympiques de la Jeunesse de Singapour

Les premiers JOJ se sont déroulés en 2010 pour l’été et cette année pour l’hiver. Les jeunes Olympiens qui ont pris part à cet événement sont-ils intégrés dans votre conception des Olympiens et quel pourrait être leur rôle ?
Pas encore. Bien entendu, c’est très important et nous sommes actuellement dans la construction d’un plan stratégique pour les années à venir. Ce que je vois surtout, c’est le parrainage éventuel des jeunes par des Olympiens ayant participé aux JO, de manière à ce que ces champions en herbe ne fassent pas du sport que pour eux mais comprennent que, s’ils deviennent des Olympiens, ils seront présents sur la scène publique et auront un rôle à tenir pour la société.

Quels sont vos dossiers prioritaires ?
Je veux en particulier créer un Forum mondial des Olympiens qui se réunirait tous les deux ans et qui associerait les fédérations nationales. Aujourd’hui, les Olympiens ne se réunissent au niveau mondial qu’une fois tous les 4 ans, et surtout pour les élections. Ils existent de façon éparse sur la planète, dans un peu moins de 150 pays, et il y a une disparité énorme entre les organisations et les programmes. Cela s’explique bien sûr par des cultures et des problématiques différentes, mais témoigne surtout d’un réel besoin d’organisation. Des programmes génériques peuvent être développés partout. Le but serait de mettre à disposition les meilleures pratiques où qu’elles soient développées et que chacun reparte du Forum avec du concret afin que l’on puisse structurer, partout sur la planète, des programmes adaptés à chacun.

Pál Schmitt à l'ONU - Photo ONU

A côté de ce gros projet, il y a beaucoup d’autres volets : développer le marketing de l’organisation, travailler sur les publications, identifier les Olympiens qui sont à des postes clés dans la société… Cela représente un réseau international très important. Il y en a dans des gouvernements, d’autres sont chefs de grandes entreprises, etc. Mis au service des Olympiens, ce réseau pourrait être d’un grand soutien, en offrant par exemple du travail à des athlètes pendant ou après leur carrière. L’AMO a aussi un rôle à jouer en matière de droits de l’homme, de diversité, d’acceptation des différences. Il y a des collaborations, des ponts à monter avec différentes structures, en particulier Peace and Sport. On doit également animer les centres des Olympiens pendant les Jeux Olympiques. Cela ne doit pas se résumer à des lieux où l’on vient boire un verre et regarder les Jeux à la télévision, mais des espaces avec du contenu.

Quid des structures nationales, notamment en France ?
L’organisation créée en 2003 n’a pas développé beaucoup de programmes en France jusque là. On est en train de la rajeunir, d’y mettre de nouvelles forces. Je souhaite vraiment que la France devienne une sorte de laboratoire de référence pour l’Association Mondiale des Olympiens. Comme l’avait fait Rassemblement pour le sport à une époque, on va pouvoir monter des programmes au service de la société et servir les Olympiens en France. Tony Estanguet, Edgar Grospiron, Philippe Riboud, sont par ailleurs des gens importants qui vont s’impliquer dans l’organisation internationale.

En conclusion ?
Je crois que pour arriver à des résultats, il faut avoir une vision. JIl me semble qu’elle est là, qu’elle est partagée. Je suis donc optimiste pour l’avenir de l’organisation et du rôle qu’elle pourra jouer au service de la société.

Actualités internationales | Les Français dans les instances internationales

Solidarité

CIO - Rapport annuel

Charte olympique

S'ouvrir à l'international

Passion

Agenda 2020 du CIO

Cliquer pour découvrir l'Agenda olympique 2020

Francophonie

@franceolympique


  •  Cocacola
  •  Airbnb
  •  Aliba
  •  Allianz
  •  Atos
  •  Bridgestone
  •  Bridgestone
  •  ge

  •  intel
  •  Omega
  •  Omega
  •  P&G
  •  Samsung
  •  Toyota
  •  Visa
  •  BPCE
  •  EDF
  •  Lacoste
  •  France TV-Sport
  • RMC